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Un livre, un film : Le Moine de Matthew G. Lewis


Couverture du livre Le Moine de Matthew Gregory Lewis

Le Moine est un roman gothique publié en 1796 et écrit par l’écrivain anglais Matthew Gregory Lewis. Cette œuvre incontournable dans l’univers du roman noir raconte plusieurs histoires, toutes liées les unes aux autres. D’abord, il y a le pieux Ambrosio, ce moine parfait insensible au mal qui est soudain confronté aux tentations ; puis il y a Antonia, une jeune fille délicate et naïve qui découvre à peine le monde extérieur, semblable à la petite Cécile de Volanges ; enfin, il y a Agnès, terrible amoureuse, conduite malgré elle au couvent, dans des circonstances que je ne saurais dévoiler. Œuvre dense, épaisse, aux multiples intrigues, Le Moine déploie de multiples facettes.

L’avis du Libriosaure

Le Moine de Matthew Gregory Lewis, traduit par Léon de Wailly

D’abord, Le Moine de Matthew Gregory Lewis, connu pour être un classique du roman gothique, n’est pas seulement un catalogue d’événements affreux qui se succéderaient. C’est avant tout un livre riche, décelant de nombreux personnages et de nombreuses intrigues. La narration est exigeante : parfois, il vous sera difficile de ne pas vous perdre au fil des pages. Néanmoins vous auriez grand tort de n’ouvrir ce roman que pour connaître le destin du personnage principal qu’incarne le moine Ambrosio. Bien sûr, cette intrigue semble surpasser les autres et elle est irrésistiblement intéressante ; pourtant, il vous faudra faire preuve de patience, surtout au milieu de l’œuvre, pour que vous puissiez voir se rejoindre toutes les trames narratives.

Ouvrir Le Moine de Matthew Gregory Lewis, ce n’est pas se laisser emporter dans une œuvre sombre de bout en bout. En réalité, les premières pages revêtent un caractère humoristique parfois, tant la plume de Matthew Gregory Lewis peut être ironique, mordante — insolente. Certains épisodes sont effrayants, angoissants, d’autres plus palpitants et d’autres encore un peu plus lents et monotones. L’horreur ne vous éclaboussera pas la figure dès le début. Elle va monter crescendo, odieusement, en mettant la lumière petit à petit sur chaque tabou que la société craint de regarder.

La lecture de Le Moine de Matthew Gregory Lewis est récompensée par sa fin intense, délicieuse, morbide à souhait. L’univers de Le Moine est certes changeant, inégal ; mais il se termine dans une apothéose horrifique, qui, deux cents ans plus tard, effraie et répugne toujours l’Humanité. Parmi mes recherches, j’ai vu que l’on comparait cette œuvre à celle de Sade. Moi qui ne suis pas amatrice de ce dernier, je peux assurer que Le moine, nettement plus subtil, surpasse amplement les textes sadiques…

Le Moine, film de Dominik Moll, sorti en 2011

En 2011, sort le film Le Moine de Dominik Moll, dans lequel Vincent Cassel incarne Ambrosio, le moine soumis aux tentations.

Les qualités de cette adaptation cinématographique reposent sur une très belle photographie, des plans intéressants, une multitude de scènes imprégnées de symboles et de références. Et ce sont là ses seules qualités.

Image extraite du film Le Moine de Dominik Moll dans laquelle on voit une statue de la Vierge pleurer

En effet, dès les premières minutes, je constate des libertés scénaristiques (et visuelles !) que je comprends, même si je regrette que personne n’ait eu le courage de représenter les choses comme elles l’étaient dans le livre. Bien que j’aie pris en compte le fait qu’on ne puisse pas résumer 500 pages en une heure et quarante minutes, qu’il fallait évidemment supprimer des intrigues parallèles et que le budget nécessaire pour certaines scènes aurait été faramineux, la colère n’a pu que m’envahir quand j’ai vu des personnages féminins rusés dans le livre, devenir de candides idiotes dans le film ; quand j’ai vu des rajouts inutiles nuisant à la subtilité du texte ; quand j’ai vu des événements dévoilés en quelques minutes, dans la précipitation, alors qu’ils rendaient le livre palpitant et plein de rebondissements ; quand j’ai vu l’humour et l’insolence du texte jetés aux oubliettes pour créer une atmosphère solennelle pesante et même risible, si j’en crois les critiques réalisées par ceux qui sont allés le voir à sa sortie ; quand j’ai vu un viol d’un adulte sur une personne adolescente se transformer en acte consenti « grâce à un sortilège » ; quand j’ai vu que l’apothéose finale avait été timidement remplacée par des scandales plus doux et convenus.

Il n’était pas nécessaire, si l’on voulait raconter la déchéance d’un moine, de réaliser un film et de le revendiquer comme l’adaptation d’une œuvre qu’on n’a pas osé suivre et respecter. Le Moine de Dominik Moll comprend des références, des symboles et des clins d’œil à l’œuvre de Matthew Gregory Lewis, mais n’en est pas une adaptation.

Lire le livre ou regarder le film ?

Après cette sombre critique, vous aurez sans doute compris que la réalisation de Dominik Moll n’est, hélas, pas un succès. Regarder ce film ne vous apportera pas de connaissances sur le livre, vous n’en visualiserez que quelques traits grossiers. Quant à l’adaptation de Ado Kyrou, sortie en 1973, elle est également si libre et si follement inspirée du roman, que je ne saurais la conseiller non plus — elle est néanmoins plus drôle, plus légère et plus piquante que celle de Dominik Moll.

Ainsi, je vous recommande la lecture du roman de Matthew Gregory Lewis si vous êtes prêt ou prête à plonger dans une atmosphère de plus en plus malsaine, choquante, terrible. Le Moine n’est pas évoqué comme roman classique du gothique à tort. Cette œuvre restera unique à mes yeux, mais elle est destinée à un public averti. Tous les vices y sont représentés, ainsi, je n’en ferai pas la liste…

Informations sur le livre et le film

Titre et auteur Le Moine, Matthew Gregory Lewis
Titre et réalisateur Le Moine, Dominik Moll
Thèmes abordés religion, amour, fantômes, vices
Édition Actes Sud
Studio Diaphana Distribution
Format et pages 512 pages, petit format, à lire dans le métro
Durée du film 1h 41mn
Âge Apprécié à partir de 16-18 ans
Prix du livre 10,70€
Prix du film 7,15€ en DVD
Avertissement paranormal, mort, viol et violences sur tous les âges
Où acheter le livre Dans une librairie près de chez vous, en cliquant ici.

Suggestions de lecture

Regarder le film ou lire le livre ? Je réponds à cette question pour Les délices de Tokyo et Dites-leur que je suis un homme.

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4 échanges



J’ignorais que le film était tiré d’un roman.. et du XVIIIe, en plus ! Fort tentée je suis, j’aime les œuvres fortes et complexes…

Ingannmic
27 janvier 2021 - 10 h 49 min



Franchement, je pense que tous ceux qui ont aimé Les liaisons dangereuses et qui n’ont pas froid aux yeux devraient aimer ce livre. Tu peux y aller.

Libriosaure
31 janvier 2021 - 23 h 34 min



Ah oui, je l’ai vu ce film ! Bon film ! Je regarde pour le roman !

PatiVore
31 janvier 2021 - 16 h 02 min



PatiVore attention, si tu as aimé le film, soit tu n’aimeras pas le roman… Soit tu feras comme moi : tu détesteras le film !

Libriosaure
31 janvier 2021 - 23 h 35 min



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