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Un livre, un film : Dites-leur que je suis un homme d’Ernest J. Gaines


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Dites-leur que je suis un homme est un roman écrit en 1993 par l’écrivain afro-américain Ernest J. Gaines, chevalier à l’Ordre des Arts et des Lettres. Dans ce roman, vous ferez la rencontre de Jefferson, un jeune homme noir accusé du meurtre d’un homme blanc dans un bar en Louisiane.   Lors du procès, l’avocat à son service tente de lui faire éviter l’exécution en le comparant à un porc, incapable de discernement, mais le jury vote quand même la peine de mort. Sa tante, écœurée par la situation, demande au professeur Wiggins d’éduquer Jefferson pour qu’il soit conscient, avant de monter sur la chaise, qu’il n’est pas un animal. Ce roman a été adapté au cinéma en 1999 par le cinéaste Joseph Sargent.

L’avis du Libriosaure

Dites-leur que je suis un homme, le livre d’Ernest J. Gaines

Dites-leur que je suis un homme sera pour vous une fenêtre ouverte sur la Louisiane des années 1940, sur le soleil cuisant les champs de coton, champs dans lesquels s’échine la communauté de noirs dans laquelle le professeur Wiggins tente de trouver une place. Vous irez auprès de ces familles, immobilisées sous le sanglant drapeau confédéré, subissant les idéologies des blancs du Sud des États-Unis. Si la plume est fluide et le texte aisé à comprendre, les descriptions sont nombreuses et le récit se déroule fort lentement, l’auteur détaillant chacune des actions des personnages, aussi insignifiante soit-elle…

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Le roman vous fait pénétrer dans un univers difficile, dans lequel l’homme doit choisir entre vivre auprès des siens dans une sorte de monotonie et de résignation, ou fuir vers un monde qui lui semble meilleur, en abandonnant ses racines. Dites-leur que je suis un homme montre la complexité des rapports humains et ne néglige pas les dérives qui naissent de l’esprit de communauté, montrant comment les Hommes se rejettent les uns les autres malgré leurs expériences communes.  La liaison qui existe entre le professeur Wiggins et sa compagne métisse en est le parfait exemple.

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L’œuvre d’Ernest J. Gaines joue certes sur le pathos en nous dévoilant une relation maître-élève touchante, fondée sur le rejet et l’acceptation progressive, mais elle n’intensifie pas sa réflexion sur l’injustice sociale ou la peine de mort, comme nous pourrions le croire. Le roman s’interroge plutôt sur notre capacité à accepter la mort et à devenir un Homme, un véritable être humain, lucide et conscient. Ce n’est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais bien un plaidoyer pour l’humanisme. Dites-leur que je suis un homme nous rappelle surtout que « philosopher, c’est apprendre à mourir ».

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Dites-leur que je suis un homme, le film de Joseph Sargent

L’adaptation cinématographique de Joseph Sargent réalisé en 1999 propose un fil conducteur très fidèle au roman : l’arrestation, le procès, les visites en prison… Peu de scènes sont coupées. Le choix des acteurs est pertinent, leur jeu est plutôt bon et leurs physionomies et mimiques correspondent nettement aux personnages que je m’étais représentés. Les dialogues, quant à eux, sont souvent crédibles et certains passages sont extraits directement du roman, sans qu’une virgule n’ait été changée.

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En revanche, le film est nettement plus manichéen que le roman, qui s’attache à montrer — en filigrane, certes — les vices de la communauté dans laquelle évolue le professeur Wiggins. Ainsi, la relation qu’il entretient avec sa compagne n’est pas soumise aux critiques dans l’œuvre cinématographique alors qu’elle est un véritable problème dans le roman, puisque c’est une femme mariée, avec des enfants, qui essaie de s’émanciper. De la même manière, les rapports entre les noirs et les blancs sont plus nuancés dans le roman d’Ernest J. Gaines, dans lequel des conflits entre personnes de couleur sont montrés et dans lequel une amitié pudique mais importante se lie entre le gardien et notre protagoniste. Cette relation n’existe simplement pas dans le film, opérant une dichotomie nette : les noirs innocents contre les blancs dominateurs et exécrables. Or, si l’idée peut se défendre, ce n’est pas respecter l’esprit du livre, très philosophique et nuancé.

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La réalisation de Joseph Sargent joue énormément sur le pathos, davantage que le roman, tandis qu’une scène choquante du livre m’a semblé être écourtée — peut-être pour ne pas mettre davantage l’acteur en position d’humiliation. Le lecteur remarquera également que si dans le livre, l’auteur nous livre la version de la justice et la version de Jefferson quant au meurtre du gérant M. Groppé, le film se contente de nous montrer la version de Jefferson comme étant la seule et unique scène de meurtre. Ce n’est pas non plus respecter l’esprit du livre puisque Ernest J. Gaines nous montre parfaitement que, coupable ou non, l’homme ne doit pas être traité en animal. Innocenter Jefferson sans laisser subsister le moindre doute est, pour moi, un artifice visant à accentuer le pathétique de la situation, en occultant l’aspect philosophique du texte original.

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Lire le livre ou regarder le film ?

Finalement, il est plus pertinent de lire Dites-leur que je suis un homme que visionner le film de Joseph Sargent, puisque ce dernier ne respecte pas les nuances philosophiques développées dans le livre. En revanche, l’adaptation cinématographique est touchante et permet de divulguer les messages principaux — du moins, les plus évidents — du livre d’Ernest J. Gaines et peut donc être visionné par des enfants, des adolescents ou des petits lecteurs qui auraient des difficultés à parcourir ce roman parfois lent. Certains préféreront peut-être, d’ailleurs, cette adaptation manichéenne qui met davantage en valeur les injustices sociales. Je pense toutefois qu’il faut éviter à tout prix de lire le livre avant de découvrir le film, car cela serait s’exposer à une grande déception, surtout si vous avez apprécié la philosophie et la finesse des propos développés dans le roman.

Informations sur le livre et le film

Titre et auteur du livre Dites-leur que je suis un homme, Ernest J. Gaines
Titre en VO A lesson before dying, Ernest J. Gaines
Titre et réalisateur du film Dites-leur que je suis un homme, Joseph Sargent
Thèmes abordés condition noire, peine de mort, mort, communauté
Édition Liana Lévi
Studio
Format et pages 304 pages, format moyen, peut se lire dans les transports
Durée du film 105mn
Âge A partir de 13 ans
Prix du livre 10,50€
Prix du film 5,90€
Avertissement racisme, mort
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Suggestions de lecture

Sur le thème de la condition noire, découvrez Beloved de Toni Morrison, écrivaine afro-américaine emblématique.

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Si vous avez aimé le principe « Un livre, un film », lisez « Un livre, un film : Les délices de Tokyo ».

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3 échanges



Hum. Je crois que j’ai trouvé la lecture de l’été!

M.
21 juin 2017 - 18 h 57 min



En V.O ? 🙂

Libriosaure
22 juin 2017 - 16 h 59 min



Pas de VO pour moi 🙂

Goran
26 juin 2017 - 9 h 17 min



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