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Faut-il lire… Frankenstein de Mary Shelley ?


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Frankenstein ou le Prométhée moderne est un roman écrit en 1818 par l’auteure londonienne Mary Shelley. Cette œuvre rendue populaire par de multiples adaptations, qu’elles soient cinématographiques ou littéraires, ne cesse de nous inspirer depuis le XIXème siècle. Dans ce livre, nous suivons le parcours intellectuel et éthique d’un scientifique, le genevois Frankenstein, qui a réussi l’impossible : ranimer un corps. Grâce aux jeux de lettres et de dialogues, nous avons accès aux confessions du Dr Frankenstein mais aussi à celles de sa créature.

L’avis du Libriosaure

La quintessence du roman gothique et romantique

Frankenstein de Mary Shelley cristallise toute la beauté du style romantique qui se développe au XIXème siècle en Europe. L’écriture de Mary Shelley déploie de multiples émotions, grâce à de belles phrases, bien tournées et légèrement ornées. Ce n’est certes pas ce que nous trouvons de plus fluide à lire mais cela reste accessible et c’est de toute beauté. Les thèmes gothiques du romantisme sont à leur paroxysme : la nature désolée, le sentiment de désarroi et de terreur, l’angoisse et le besoin de solitude, sont autant de sujets qui éclosent des pages sombres du livre. C’est le roman gothique par excellence, dans lequel la contemplation de la nature sinistre et la complainte du moi se mêlent continuellement, dans de jolies phrases ornées « Oh ! Vous, les étoiles, et les nuages, et la brise, que vous importent mes tourments ? Si vous avez vraiment pitié de moi, débarrassez-moi de mes souvenirs, de ma sensibilité, et laissez-moi sombrer dans le néant. Sinon, écartez-vous de moi, et laissez-moi seul dans mes ténèbres ». Il faut lire Frankenstein si l’on veut goûter aux saveurs amères du mouvement romantique.

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L’étouffante effusion du « moi »

Toutefois, il faut admettre que cette esthétique romantique mettant en valeur la contemplation et surtout, la plainte du narrateur, peut être agaçante pour le lecteur, l’expression des tourments de chacun étant omniprésente. Frankenstein est un personnage qui survit à de nombreux malheurs sans jamais refouler la moindre émotion, ce qui nous mène à lire de nombreuses envolées lyriques — qu’il faut être en mesure d’apprécier. Ces dernières sont certes magnifiques mais elles peuvent être pénibles au fil des pages, surtout quand s’ajoute à l’apitoiement de Frankenstein le long récit de souffrance de sa propre créature. C’est un roman dans lequel chacun parle de lui-même, de ses maux, de ses angoisses et de ses désillusions « Si je suis méchant, c’est que je suis malheureux. Ne suis-je pas repoussé et haï par tous les hommes? Toi, mon créateur, tu voudrais me lacérer et triompher de moi ; souviens-t’en et dis-moi pourquoi il me faudrait avoir davantage pitié de l’homme qu’il n’a pitié de moi? ». Lire Frankenstein de Mary Shelley, c’est plonger dans la part la plus narcissique et la plus sombre de soi-même, il faut donc s’y préparer soigneusement.

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Science, sorcellerie et éthique  

Enfin, si l’œuvre dégage le parfum de chrysanthème du romantisme du XIXème siècle, elle ne vieillit pas tellement. En effet, le roman nous montre comment la science et la sorcellerie se rapprochent lorsque l’Humanité se révèle trop ambitieuse. Mary Shelley voyait sans doute tourbillonner dans sa mémoire le « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » de Rabelais. Frankenstein nous permet de réfléchir, sur un plan éthique et scientifique, à notre capacité à progresser et à assumer nos progrès. En 1818, on se demandait déjà si l’homme allait être dépassé par ses propres créations scientifiques. Ainsi, il faut lire Frankenstein de Mary Shelley si l’on veut ajouter de la matière à cette réflexion que l’on développe déjà soi-même sur la science et ses progrès.

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A qui le conseiller

Si vous aimez les longs poèmes romantiques de Lamartine tels que Le lac ou L’automne, que vous avez trouvé Les contemplations de Victor Hugo de toute beauté, vous apprécierez chaque ligne de Mary Shelley. Si vous appréciez les livres qui réfléchissent à l’évolution de l’Humanité comme 1984, vous ne devez pas renoncer à lire ce classique même s’il est moins aisé à lire que l’œuvre bien connue d’Orwell. Enfin, si vous aimez les univers sombres, gothiques et les personnages torturés, si vous avez aimé la série Penny Dreadful (dans lequel un Viktor Frankenstein apparaît dans toute sa splendeur et sa misère), vous vous sentirez proches de Frankenstein et de sa pauvre créature.

A qui le déconseiller

Si vous ne supportez pas les effusions lyriques des poètes romantiques et que vous préférez les styles d’écriture épurés, préparez-vous un chocolat chaud et regardez la version cinématographique de Frankenstein par Kenneth Branagh qui est plutôt respectueuse du livre, certaines modifications ayant été apportées dans un souci de cohérence pour la pensée moderne (en effet, le spectateur d’aujourd’hui n’est pas forcément en mesure de comprendre les réactions des personnages dans le livre). Si vous souhaitez lire un roman d’horreur, ne choisissez pas Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley car il n’a pas vocation à effrayer mais à faire réfléchir et vous risqueriez de mourir d’ennui.

Pendant la lecture

Vous accompagnerez votre lecture d’un classique Earl Grey et de petits morceaux de pain d’épices recouverts de sucre.

Informations sur le livre

Titre et auteur Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley
Thèmes abordés Sciences, laideur, humanité
Édition Folio SF
Format et pages 336 pages, petit format, à lire dans le métro
Âge Apprécié à partir de 12 ans
Prix 4,80€
Avertissement Violence, rejet
Où l’acheter Chez Amazon ou chez votre libraire préféré.
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4 échanges



J’ai vu tellement d’adaptation cinématographique, que lire le livre me fait un peu peur…

Goran
14 décembre 2016 - 15 h 58 min



Il faut oser… Ne serait-ce que pour le plaisir de dire « ah nan mais dans le livre c’est pas çaaaaa » :p

Libriosaure
14 décembre 2016 - 19 h 54 min



Ah c’est vrai qu’il faut avoir envie de se les farcir, les lamentations de Frankenstein…
J’avais lu ce livre en VO au lycée, je m’attendais très innocemment à une oeuvre violente : litres de sang, steak sur les murs, tout ça tout ça… J’ai été bien étonnée, mais ça reste une lecture très marquante et terriblement actuelle effectivement.

Je me souviens toujours d’un extrait du livre, c’est dans une lettre de Victor, ça donnait grosso modo :
« I feel exquisite pleasure in dwelling on the recollections of my past, before misfortune had tainted my mind(…) ». J’avais dû chercher « dwell » dans le dico et je me souviens avoir été surprise par le sens : « s’attarder sur » mais aussi « habiter ». Habiter ses souvenirs… ça m’avait bien plu comme idée. Ca fait bien 10 ans maintenant, mais je reste marquée par ce passage !

Rozouille
19 décembre 2016 - 20 h 23 min



Oui, c’est vrai que ce n’est pas le livre qui demande le moins de patience, mais il y a vraiment de très belles choses.

Libriosaure
22 décembre 2016 - 20 h 02 min



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