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3 contes russes traditionnels qu’il faut absolument connaître


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Les contes sont, à mon sens, un mélange particulier d’enfance et d’horreur. Univers manichéen, simple, saupoudré de magies et de créatures étranges, le conte merveilleux se déploie dans toutes les cultures pour prévenir, éduquer ou réconforter ; c’est une littérature essentielle à toutes les sociétés. Ainsi, lorsque j’ai voulu découvrir la littérature russe, je voulais me plonger dans ses contes traditionnels. C’est en ouvrant l’ouvrage illustré Machenka et l’ours de Claude Clément et Hélène Muller que j’ai découvert 3 contes russes qu’il me semblait indispensables de connaître.

L’avis du Libriosaure

Vassilissa la très belle face à l’effroyable Baba Yaga

Vassilissa la très belle est une personnalité incontournable des contes merveilleux : orpheline de mère et martyrisée par sa belle-mère, elle agace tout le monde par sa beauté. On lui inflige de multiples misères qui la mènent auprès de la terrible et charismatique Baba Yaga, la plus vénérable des sorcières russes, mais elle a une alliée toute particulière : une poupée magique, qui lui a été confiée par sa mère avant de mourir.

« Baba-Yaga poussa la jeune fille dehors, mais avant de refermer le portail, elle prit un crâne aux yeux ardents, le mit au bout d’un bâton qu’elle fourra dans la main de Vassilissa :


– Voilà du feu pour les filles de ta marâtre, prends-le ! Après tout, c’est pour ça qu’elles t’avaient envoyée chez moi.


Vassilissa partit en courant dans la forêt. Les yeux du crâne éclairaient son chemin et ne s’éteignirent qu’à l’aube. Elle chemina toute la journée et, vers le soir, comme elle approchait de sa maison, elle se dit : « Depuis le temps, elles ont sûrement trouvé du feu… » et voulut jeter le crâne. »

Découvrir le conte

Il était une fois un marchand. En douze ans de mariage, il n’eut qu’une fille, Vassilissa la-très-belle. Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans.

Sentant approcher sa fin, la mère l’appela, prit une petite poupée cachée sous sa couverture et dit à Vassilissa : – Écoute mes dernières paroles, obéis à mes dernières volontés. Je te donne cette poupée avec ma bénédiction maternelle ; garde-la, ne la montre à personne. Si quelque mal t’advient, offre à manger à ta poupée et demande-lui conseil. Elle t’aidera dans le malheur. La femme du marchand embrassa sa fille et mourut. Le veuf se désola comme il convient, puis songea à se remarier. C’était un homme bon, et il ne manquait pas de prétendantes, mais il choisit une femme plus très jeune, veuve comme lui, avec deux filles de l’âge de la sienne : une bonne ménagère, s’est-il dit, et mère de famille avisée. Il l’épousa donc, mais il se trompa : sa femme n’était pas une bonne mère pour sa Vassilissa.

La marâtre et ses filles étaient jalouses de la beauté de Vassilissa. Elles la tourmentaient, l’accablaient de besogne , pour que le vent et le soleil la fassent noircir, que le travail la fasse dépérir.

Mais Vassilissa supportait tout sans se plaindre et devenait chaque jour plus belle, chaque jour plus blanche et rose, alors que la marâtre et ses filles qui ne bougeaient pas, ne faisaient rien de leurs dix doigts, maigrissaient de dépit et jaunissaient d’envie. Elles ne savaient pas que sa poupée aidait Vassilissa. Sans elle, la fillette n’aurait pas pu accomplir tout ce travail. Le soir, quand tout le monde s’endormait, la jeune fille s’enfermait dans son appentis, servait à manger à sa poupée et lui racontait ses malheurs : – Petite poupée, mange et écoute mes peines ! Triste est la maison de mon père, la méchante marâtre veut ma perte. Dis-moi, qu’est-ce que je dois faire ? La poupée mangeait, puis elle consolait Vassilissa, la conseillait et, au matin, faisait tout le travail à sa place. Vassilissa se repose à la fraîcheur, cueille des fleurs et, pendant ce temps, le potager est sarclé, l’eau puisée, les choux arrosés, le feu allumé. La poupée lui indiquait même une herbe contre le bronzage. Et la jeune fille choyait sa poupée, lui gardait les meilleurs morceaux. Vassilissa grandit et devint une fille à marier.

Tous les garçons de la ville demandent la main de Vassilissa, et personne ne regarde les filles de la marâtre. Alors la marâtre se met à haïr Vassilissa encore plus fort et répond aux prétendants : – Je ne marierai pas la fille cadette avant les aînées ! Et après le départ des garçons, elle bat Vassilissa pour se venger.

Un jour le marchand dut partir en voyage pour longtemps. La marâtre s’en alla habiter une maison à l’orée de la forêt. Dans cette forêt vivait Baba-Yaga, la vieille sorcière. Elle ne laissait personne approcher de sa maison et croquait les gens comme des poulets. Pour se débarrasser de Vassilissa, sa marâtre l’envoyait tout le temps dans la forêt – cherche ceci, apporte cela. Mais la jeune fille revenait saine et sauve, sa poupée la guidait, l’éloignait de la maison de Baba-Yaga. L’automne vint. Durant les longues soirées les filles travaillaient : l’une à faire de la dentelle, l’autre à tricoter des bas et Vassilissa à filer le lin. La marâtre leur donna leur tâche pour la nuit et se coucha, ne laissant qu’une chandelle allumée pour les travailleuses. L’une de ses filles fit mine de moucher la chandelle avec une pince et l’éteignit, comme sa mère lui avait ordonné. – Quel malheur ! L’ouvrage n’est pas terminé et il n’y a pas de feu dans la maison. Il faut aller demander du feu à Baba-Yaga ! Qui va y aller ? – Pas moi, – dit la dentellière. – Avec mes épingles, j’y vois clair ! – Ni moi, – dit la tricoteuse. – Mes aiguilles brillent, j’y vois bien. Et toutes les deux s’en prirent à Vassilissa : – C’est à toi d’aller chercher du feu chez Baba-Yaga ! Et elles la poussèrent hors de la pièce.

Vassilissa courut à son appentis, servit le souper à la poupée, lui dit en pleurant : – Petite poupée, mange et écoute ma peine ! On me dit d’aller chez Baba-Yaga. Elle va me dévorer ! – Ne crains rien, – lui répondit la poupée. – Prends-moi avec toi et va tranquillement où l’on t’envoie. Tant que je suis là, rien ne peut t’arriver. Vassilissa mit sa poupée dans sa poche, se signa et s’en alla dans la forêt obscure.

Elle cheminait depuis quelque temps en tremblant quand un cavalier la dépassa : tout blanc, de blanc vêtu et monté sur un cheval blanc, harnaché de blanc. Aussitôt le ciel devint plus clair. Elle poursuivit son chemin et vit un autre cavalier : tout rouge, vêtu de rouge et monté sur un cheval rouge, harnaché de rouge. Et le soleil se leva. Ce n’est qu’au soir tombant que Vassilissa atteignit la clairière où vivait Baba-Yaga. La clôture de sa maison était faite d’ossements, des crânes avec des yeux ornaient cette clôture, comme montants de portail des jambes humaines, pour loquets des bras avec des mains, et en guise de cadenas une bouche avec des dents pointues. La pauvre jeune fille trembla comme une feuille en voyant ça, quand un cavalier arriva : tout noir, de noir vêtu et monté sur un cheval noir harnaché de noir. Aussitôt la nuit tomba et les yeux des crânes s’allumèrent, si bien qu’on y voyait comme en plein jour. Vassilissa aurait bien voulu se sauver, mais la peur la clouait sur place. Tout à coup il se fit grand bruit dans la forêt : les branches craquaient, les feuilles crissaient. Et déboucha dans la clairière Baba-Yaga, vieille sorcière. Elle voyage dans un mortier, le pousse du pilon, efface sa trace du balai.

Le mortier s’arrêta devant le portail, Baba-Yaga huma l’air et s’écria : – Ça sent la chair russe par ici ! Qui est-ce ?! Toute tremblante, Vassilissa s’approcha en saluant bas : – C’est moi, grand-mère. Les filles de ma marâtre m’ont envoyée chez toi, te demander du feu. – C’est bon, je les connais, – dit Baba-Yaga.- Tu vas rester ici et me servir. Si le travail est bien fait, je te donnerai du feu, autrement, je te mangerai ! Baba-Yaga se tourna vers le portail et cria : – Déverrouillez-vous, cadenas résistants ! Large portail, ouvre-toi ! Le portail s’ouvrit et Baba-Yaga roula dans la cour en sifflotant. Vassilissa la suivit. Et le portail se referma. Une fois dans la maison, Baba-Yaga s’affala sur un banc et ordonna à Vassilissa : – Sers-moi à manger tout ce qui est au four ! Et dépêche-toi, j’ai faim ! Vassilissa se mit à la servir. Pâtés et rôtis, tartes et tourtes, jambons et soupes. Elle tira du cellier hydromel et eau-de-vie, bières et vins – de quoi boire et manger pour dix ! Baba-Yaga mangea et but le tout ; elle ne laissa pour Vassilissa qu’un quignon de pain, un peu de soupe et un bout de cochon rôti. Puis elle dit : – Demain, après mon départ, tu balayeras la cour, nettoieras la maison, prépareras le dîner, rangeras le linge. Après ça, tu prendras dans la huche un boisseau de blé que tu vas trier grain par grain. Et tâche que tout soit bien fait, sinon je te mange ! Elle se coucha et se mit à ronfler. Vassilissa mit devant sa poupée les restes du souper de Baba-Yaga et lui dit en pleurant : – Petite poupée, mange et écoute ma peine ! Si je ne fais pas tout ce travail, Baba-Yaga va me manger ! – Ne crains rien, Vassilissa, – lui répondit la poupée. – Va dormir tranquille, le matin est plus sage que le soir ! Vassilissa se leva avant l’aube, mais Baba-Yaga était déjà débout. Bientôt les yeux des crânes s’éteignirent.

Passa le cavalier blanc et le jour se leva. Baba-Yaga sortit dans la cour et siffla, aussitôt le mortier vint se ranger devant elle, avec le pilon et le balai. Le cavalier rouge passa et le soleil apparut. Baba-Yaga monta dans son équipage et fila bon train. Elle voyage dans un mortier, le pousse du pilon, efface sa trace du balai… Restée seule, Vassilissa fit le tour de la maison, admira la richesse et l’abondance en se demandant par quel bout commencer le travail, quand elle vit que tout était déjà fait, la poupée triait les derniers grains de blé. Vassilissa l’embrassa : – Comment te remercier, ma poupée chérie ! Tu m’as sauvé la vie. La poupée grimpa dans sa poche en disant : – Tu n’as plus que le dîner à préparer. Puis repose-toi. Au soir tombant, Vassilissa mit la table. Bientôt le cavalier noir passa et la nuit tomba. Les yeux des crânes s’étaient allumés, on entendit les branches craquer, les feuilles crisser, c’est Baba-Yaga qui arrivait. Vassilissa sortit à sa rencontre. – Le travail est-il fait ? – demanda Baba-Yaga. – Vois par toi-même, grand-mère, – répondit la jeune fille. Baba-Yaga inspecta tout, regarda partout sans trouver rien à redire. Elle grogna : « Bon, ça peut aller… » puis appela : – Fidèles serviteurs, mes amis de cour, venez moudre mon blé ! Alors trois paires de bras ont apparu, ont emporté le grain hors de la vue. Baba-Yaga dîna et se coucha en disant : – Demain, en plus de tout ce que tu as fait aujourd’hui, tu vas trier un boisseau de graines de pavot. De la terre s’y est mêlée, tâche qu’il n’en reste pas trace, sinon je te mange ! Elle se mit vite à ronfler. Vassilissa servit sa poupée qui mangea et lui dit comme la veille : -Va dormir tranquille, tout sera fait, Vassilissa chérie. Le matin est plus sage que le soir !

Le lendemain, Baba-Yaga partit, et Vassilissa avec sa poupée ont fait l’ouvrage en un tournemain. A son retour, Baba-Yaga inspecta tout, regarda dans tous les recoins, ne trouva rien à redire. Elle appela : – Fidèles serviteurs, mes amis de cour, venez presser l’huile de mes graines de pavot ! Trois paires de bras ont apparu, ont emporté les graines hors de la vue. Baba-Yaga s’attabla pour dîner. Vassilissa la servait en silence et la sorcière grommela : – Pourquoi ne dis-tu rien ? Tu es là, comme une muette ! – C’est que je n’osais pas, grand-mère ! Mais si tu le permets, je voudrais bien te demander quelque chose. – Demande ! Mais toute question n’est pas bonne à poser. D’en savoir trop long, on vieillit trop vite ! – Je voudrais que tu m’expliques ce que j’ai vu, grand-mère. En venant chez toi, un cavalier blanc m’a croisée. Qui est-il ? – C’est mon jour clair, – répondit Baba-Yaga. – Après ça j’ai vu un cavalier tout rouge, qui est-ce ? – C’est mon soleil ardent. – Et puis j’ai vu un cavalier tout noir, qui est-ce ? – C’est ma sombre nuit, – répondit Baba-Yaga. – Tous trois sont mes serviteurs fidèles ! Vassilissa pensait aux trois paires de bras, mais n’en souffla mot. Baba-Yaga lui dit : – Eh bien, tu ne me poses plus de questions ? – J’en sais bien suffisamment pour moi, grand-mère ! Tu l’as dit toi-même – à trop savoir, on vieillit vite. – C’est bien, – approuva Baba-Yaga. – Tu interroges sur ce que tu as vu dehors, pas sur ce qui se passe dedans. J’entends laver mon linge en famille, et les trop curieux, je les mange ! Et maintenant c’est mon tour de te poser une question : comment arrives-tu à faire tout le travail que je te donne ? – La bénédiction maternelle me vient en aide, grand-mère. – C’est donc ça ? Eh bien, fille bénie, va-t-en, et tout de suite ! Je n’en veux pas, de bénis, chez moi !

Baba-Yaga poussa la jeune fille dehors, mais avant de refermer le portail, elle prit un crâne aux yeux ardents, le mit au bout d’un bâton qu’elle fourra dans la main de Vassilissa : – Voilà du feu pour les filles de ta marâtre, prends-le ! Après tout, c’est pour ça qu’elles t’avaient envoyée chez moi. Vassilissa partit en courant dans la forêt. Les yeux du crâne éclairaient son chemin et ne s’éteignirent qu’à l’aube. Elle chemina toute la journée et, vers le soir, comme elle approchait de sa maison, elle se dit : « Depuis le temps, elles ont sûrement trouvé du feu… » et voulut jeter le crâne. Mais une voix en sortit : – Ne me jette pas, porte-moi chez ta marâtre ! Vassilissa obéit. En arrivant, elle fut bien étonnée de ne pas voir de lumière dans la maison, plus étonnée encore de voir la marâtre et ses filles l’accueillir avec grande joie. Depuis son départ, lui dit-on, pas moyen d’avoir du feu dans la maison. Celui qu’on allume ne prend pas, celui qu’on amène de chez les voisins s’éteint. – Le tien se gardera mieux, peut-être, – dit la marâtre. Vassilissa apporta le crâne dans la chambre; aussitôt les yeux brûlants se fixèrent sur la marâtre et ses filles, les suivant partout. En vain tentaient-elles de fuir ou de se cacher, les yeux les poursuivaient et avant l’aube il n’en resta que cendres ; seule Vassilissa n’avait aucun mal.

Au matin, Vassilissa enterra le crâne, ferma la maison et s’en alla en ville où une vieille femme la recueillit en attendant le retour de son père. Un jour, Vassilissa dit à la vieille : – Je m’ennuie à ne rien faire, grand-mère! Achète-moi du beau lin, je vais le filer. La vieille lui apporta du lin et Vassilissa se mit au travail. Le fil s’étire sous ses mains, fin et solide. Elle eut vite fini de filer, voulut se mettre à tisser, mais aucun métier n’était assez fin pour son fil. C’est encore sa poupée qui l’aida, qui lui fabriqua un beau métier. Vassilissa se remit à l’ouvrage et à la fin de l’hiver la toile était tissée, si mince, si fine qu’on aurait pu la faire passer par le chas d’une aiguille !

Au printemps on fit blanchir la toile, et Vassilissa dit à la vieille femme : – Va au marché, grand-mère. Vends cette toile et garde l’argent. Mais la vieille se récria : – Tu n’y songes pas, ma fille ! Une telle marchandise je vais la porter chez le tsar. Elle s’installa devant le palais, commença à aller et venir à côté des fenêtres. Le tsar la remarqua et l’appela : – Que fais-tu là, bonne vieille ? Que veux-tu ? – Je t’apporte une denrée rare, comme Votre Majesté n’est pas près d’en voir. Le tsar fit entrer la vieille et s’émerveilla de la toile : – Combien en demandes-tu, bonne vieille ? – Une toile pareille n’a pas de prix ! Nul ne peut l’acheter, le tsar seul peut la porter. Je te l’offre en présent ! Le tsar remercia la vieille qui partit, chargée de cadeaux. Le tsar donna la toile à ses tailleurs pour qu’ils lui en fassent des chemises. Ces chemises, ils les coupèrent, mais pour ce qui est de les coudre rien à faire! Ni tailleurs, ni lingères n’osaient oeuvrer une toile aussi fine. Le tsar, impatient, envoya chercher la vieille femme et dit : – Puisque tu as su tisser la toile, tu sauras coudre mes chemises ! – Cette toile ne sort pas de mes mains. Ma fille adoptive l’a filée et tissée. – Eh bien, elle n’a qu’à coudre mes chemises ! Quand la vieille lui rapporta l’affaire, Vassilissa sourit : – Je me doutais bien que c’était travail pour mes mains ! Et elle se mit à coudre ; la douzaine de chemises fut prête en un rien de temps.

La vieille les emporta chez le tsar et Vassilissa qui avait son idée, se baigna, se peigna, s’habilla richement et s’installa devant la fenêtre. Peu après elle vit arriver un envoyé du tsar qui dit à la vieille : – Où est cette habile couturière ? Sa Majesté le tsar veut la récompenser de ses mains. Vassilissa se rendit au palais. Et quand elle entra, quand le tsar la regarda, il en tomba amoureux sur-le-champ : – Je ne te laisserai pas partir, ma douce beauté ! Sois ma femme ! Le tsar prit par la main Vassilissa la-très-belle, la fit asseoir à ses côtés et on célébra leurs noces sans plus tarder. Bientôt le père de Vassilissa revint de voyage, il fut tout heureux du bonheur de sa fille et resta vivre près d’elle, la vieille femme demeura aussi avec eux. Et toute sa vie la tsarine Vassilissa porta sa poupée sur elle, dans sa poche.

Ce conte se trouve à l’origine sur russievirtuelle.com

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Ivan Tsarévitch et la surnaturelle oiselle de feu  

Des pommes d’or disparaissent dans le jardin du Tsar : c’est une oiselle de feu, que personne ne parvient à capturer, qui vient assouvir sa gourmandise. Ivan Tsavéritch, l’un des fils du tsar, en compétition avec ses frères, traverse de multiples épreuves pour résoudre cette curieuse affaire. Aidé d’un loup gris qui semble tout savoir, le preux chevalier fait de merveilleuses rencontres, subit des trahisons odieuses, tombe amoureux d’Hélène la Belle. Ce joli conte traditionnel pourrait inspirer de longs romans, tant il y a de matière à exploiter.

« Soudain, un loup gris bondit à sa rencontre. Le tsarévitch n’eut même pas le temps de dégainer son glaive, que le loup égorgeait son cheval et disparaissait dans les fourrés. Que faire sans cheval? Ivan-tsarévitch poursuivit sa route à pied, mais au bout de trois jours il n’en pouvait plus de faim et de fatigue. Accablé, il s’était laissé tomber sur une souche quand un grand loup gris sortit des bois :

– Te voilà bien triste, Ivan-tsarévitch, – dit le loup.- Pourquoi as-tu les mains lasses, la tête basse, l’échiné courbée ?

– Comment ne pas me désoler ? Que ferai-je sans mon cheval ?

– C’est toi qui as choisi ce chemin, de quoi te plains-tu? Mais j’ai pitié de toi. Dis-moi où tu vas, ce que tu cherches ? »

Découvrir le conte

Dans un certain pays, dans un certain royaume vivait le tsar Démian avec ses trois fils : Piotr, Vassili et Ivan. Ce tsar possédait un jardin comme on n’en trouverait pas de pareil au monde, plein de fleurs rares et d’arbres précieux. Le plus précieux de tous était un pommier qui donnait des pommes d’or. Le tsar prenait grand soin de ce pommier, en comptait les pommes chaque soir, les recomptait chaque matin. Et il s’aperçut que la nuit quelqu’un saccageait son jardin : le soir une belle pomme sur la branche mûrit, et au matin, ni vu ni connu, elle a disparu ! Les gardiens n’y pouvaient rien et le tsar en perdait le boire et le manger, la paix et le sommeil. Un jour, il appela ses fils : – Ça ne peut plus durer ! A celui de vous qui découvrira et prendra notre voleur je laisserai la moitié du royaume de mon vivant et, à ma mort, il l’aura tout entier. Les fils ont juré d’attraper le voleur et c’est Piotr-tsarévitch qui le premier monta-lagarde. Il fit le tour du jardin, se coucha sur le gazon, tomba dans un sommeil profond. Quand il se réveilla, plusieurs pommes d’or manquaient. Dès son réveil, le tsar appela Piotr: – M’apportes-tu une bonne nouvelle, fils ? As-tu vu le voleur ? – Non, père ! Et pourtant, j’ai veillé toute la nuit, fouillé les taillis. Je me demande où ces pommes sont passées !

La nuit suivante, ce fut le tour de Vassili. Il regarda sous les buissons, s’assit sur le gazon, tomba dans un sommeil profond. Au matin, d’autres pommes d’or manquaient. – Alors, fils, as-tu vu le voleur ? – lui demanda le tsar. – Non, père ! J’ai guetté de mon mieux, n’ai pas fermé les yeux, n’ai vu personne. Je n’y comprends rien ! La nuit d’après, Ivan-tsarévitch prit la garde. De peur de s’endormir, il marchait sans arrêt; si le sommeil venait, si la fatigue le prenait, il se débarbouillait avec la rosée, reprenait sa veillée. Sur les minuit, il aperçut une grande lueur qui s’approchait du jardin et, bientôt, on y vit clair comme en plein jour : l’oiseau de Feu, perché sur le pommier, picorait les pommes d’or. Ivan-tsarévitch se glissa en catimini, saisit l’oiseau par la queue. Mais l’oiseau de Feu se débattit si bien qu’il s’échappa, ne laissant qu’une plume dans la main du tsarévitch.

Au matin; Ivan-tsarévitch raconta à son père quel voleur saccageait leur jardin et lui montra la plume de l’oiseau de Feu. Le tsar se réjouit, retrouva sommeil et appétit, d’autant plus que l’oiseau ne revint plus voler ses pommes d’or. Mais à regarder la plume, l’oiseau de Feu tout entier lui faisait envie, le tsar y pensait jour et nuit. Et il finit par appeler ses fils : – Pourquoi n’iriez-vous pas courir le monde, chercher cet oiseau de Feu ? Autrement, un de ces jours, il reviendra voler nos pommes ! Les deux aînés ont obéi. Ils ont sellé leurs coursiers rapides, revêtu leurs armures solides et sont partis à l’aventure. Mais, vu son jeune âge, le tsar garda près de lui Ivan-tsarévitch. Celui-ci en fut tellement marri, il supplia tant son père que le tsar finit par le laisser partir à son tour. Un conte est vite dit, les choses se font plus lentement. Ivan-tsarévitch chevaucha longtemps et arriva à une croisée de chemins. Là, sur une borne de pierre, il était écrit : «Celui qui ira tout droit, aura froid et faim; celui qui prendra à droite, restera sain et sauf, mais perdra son cheval; et celui qui ira à gauche sera tué, mais son cheval vivra.» Réflexion faite, Ivan-tsarévitch prit le chemin de droite pour ne point perdre la vie.

Il chemina ainsi trois jours durant et parvint à une grande et sombre forêt. Soudain, un loup gris bondit à sa rencontre. Le tsarévitch n’eut même pas le temps de dégainer son glaive, que le loup égorgeait son cheval et disparaissait dans les fourrés. Que faire sans cheval? Ivan-tsarévitch poursuivit sa route à pied, mais au bout de trois jours il n’en pouvait plus de faim et de fatigue. Accablé, il s’était laissé tomber sur une souche quand un grand loup gris sortit des bois : – Te voilà bien triste, Ivan-tsarévitch, – dit le loup.- Pourquoi as-tu les mains lasses, la tête basse, l’échiné courbée ? – Comment ne pas me désoler ? Que ferai-je sans mon cheval ? – C’est toi qui as choisi ce chemin, de quoi te plains-tu? Mais j’ai pitié de toi. Dis-moi où tu vas, ce que tu cherches ? – Le tsar Démian, mon père, m’a envoyé chercher l’oiseau de Feu qui volait les pommes d’or de son jardin. – Mais sur ton cheval tu n’y serais jamais arrivé ! Moi seul je sais où niche l’oiseau de Feu, moi seul peux t’aider à le dénicher. Et en échange de ta monture, je vais te servir fidèlement, en toute droiture ! Monte sur mon dos et agrippe-toi bien. Ivan-tsarévitch obéit et le loup gris fila comme le vent.

Le loup court, d’un bond passe les monts, d’une foulée franchit les vallées, des pattes devorent l’espace, de la queue efface la trace. Le tsarévitch n’a qu’à se cramponner ! Devant un grand mur blanc le loup s’arrêta et dit : – Escalade ce mur. Derrière il y a un jardin, dans ce jardin une cage d’or, dans la cage l’oiseau de Feu. La garde dort. Prends l’oiseau mais ne touche pas à la cage, sinon un malheur t’arrivera ! Ivan-tsarévitch se glissa dans le jardin et vit l’oiseau de Feu dans sa cage. Il prit l’oiseau et allait partir quand il se dit : «Comment emporter l’oiseau sans cage ? Je ne peux pas le mettre dans ma poche, quand même ! Et puis la cage est belle, toute ornée de pierreries…» II oublia ce que le loup avait dit et saisit la cage. Aussitôt ce ne fut que carillons et sonneries: de la cage d’or des fils secrets partaient, avec grelots et clochettes, crécelles et claquettes. Les gardiens se sont réveillés, d’Ivan-tsarévitch se sont emparés, devant leur tsar Afrone l’ont amené. – Qui es-tu ? cria le tsar très en colère. De quelle terre native, de quel père le fils ? – Je m’appelle Ivan-tsarévitch et le tsar Démian est mon père. Ton oiseau de Feu s’est fait coutume de venir grappiller nos pommes d’or. Alors mon père m’a envoyé le chercher, l’attraper. Le tsar Afrone hocha la tête avec reproche : – Ah, Ivan-tsarévitch ! Tu serais venu me trouver honnêtement que je te l’aurais donné, mon oiseau de Feu, ou bien je l’aurais échangé contre autre chose. Alors que maintenant le monde entier va savoir qu’Ivan-tsarévitch n’est qu’un voleur!… Enfin, passe pour cette fois. Écoute, si tu me rends service, je te pardonnerai et te donnerai même l’oiseau de Feu. Mais avant, tu vas aller par-delà vingt-neuf terres, dans le trentième royaume, chez le tsar Koussman et me ramener son cheval à la crinière d’or. Ivan-tsarévitch, tout penaud, alla retrouver le loup gris et lui dit ses malheurs. Le loup n’était pas content ! – Pourquoi ne m’as-tu pas écouté, tsarévitch ? Pourquoi as-tu pris la cage ? Je t’avais pourtant dit de ne pas y toucher. – Pardonne-moi, s’il te plaît ! Je suis en faute, c’est vrai. – Bon, bon, n’en parlons plus ! Monte sur mon dos et cramponne-toi bien. On va aller chez le tsar Koussman. Ivan-tsarévitch monta sur le dos du loup qui partit comme le vent. Le loup gris court, d’un bond passe les monts, d’une foulée franchit les vallées, des pattes devorent l’espace, de la queue efface la trace. En peu de temps ils arrivèrent chez le tsar Koussman, devant ses écuries de pierre blanche. Le loup dit au tsarévitch : – Les gardiens sont endormis. Va chercher le cheval à la crinière d’or mais ne touche pas à sa bride, sinon un autre malheur t’arrivera !

Ivan-tsarévitch se glissa dans l’écurie, prit le cheval par sa crinière d’or et allait partir quand il vit une bride d’or pendue au mur et se dit : «Comment mener un cheval sans bride ? Et celle-là est si belle !…» Mais dès qu’il la toucha, ce ne fut que carillons et sonnailles. La garde se réveilla, d’Ivan-tsarévitch s’empara, devant le tsar Koussman l’amena. Le tsar cria, très en colère : – Qui es-tu? De quelle terre native, de quel père le fils ? Et comment oses-tu toucher à mon cheval ? Le tsar Démian est mon père, Ivan-tsarévitch est mon nom. – Ah, Ivan-tsarévitch ! Il fallait venir me trouver honnêtement, par respect pour ton père je t’aurais donné mon cheval. Et maintenant toute la terre saura que le tsarévitch n’est qu’un voleur de chevaux, ce sera du joli… ! Enfin, je veux bien te pardonner et, même te faire cadeau du cheval à la crinière d’or. Mais va d’abord à vingt-neuf terres d’ici, dans le trentième royaume et ramène-moi la fille du tsar Dalmat, la princesse Hélène-la Belle ! Ivan-tsarévitch, pleurant de honte, alla raconter au loup ses malheurs. Le loup lui fit d’amers reproches : – Pourquoi ne m’as-tu pas écouté ? Pourquoi as-tu touché à la bride ? Je me donne du mal pour te servir et tu ne fais que tout gâcher ! – Pardonne-moi, je t’en prie ! J’ai encore fauté, c’est vrai. – Bon, bon ! Quand le vin est tiré il faut le boire. Monte sur mon dos, on s’en va chercher la princesse Hélène-la Belle. Et le loup gris partit comme le vent. D’un bond il passe les monts, d’une foulée franchit les vallées, des pattes devorent l’espace, de la queue efface la trace.

En peu de temps ils arrivèrent chez le tsar Dalmat, devant un grand jardin aux grilles d’or. Le loup dit : – Cette fois, tsarévitch, je vais moi-même chercher la princesse ! Toi, tu vas m’attendre dans ce bois, sous le chêne vert. Le loup gris sauta par-dessus les grilles d’or et se tapit dans les buissons. Vers le soir, Hélène-la Belle sortit se promener avec ses nourrices-suivantes, ses fidèles servantes. Comme elle se penchait pour cueillir une fleur, le loup bondit, la jeta sur son dos et s’enfuit. Sous le chêne vert il retrouva le tsarévitch : – Monte vite, cria le loup, on va nous poursuivre ! Ivan-tsarévitch monta sur le dos du loup, prit la princesse dans ses bras et le loup gris fila comme le vent. Chez le tsar Dalmat, pendant ce temps, les nourrices-suivantes, fidèles servantes, criaient et piaillaient si bien que personne ne comprenait rien. Quand on démêla l’affaire, quand on organisa la poursuite, le loup gris était déjà loin ! De peur, Hélène-la-Belle s’était évanouie. En reprenant connaissance, elle vit qu’un jeune et beau prince la tenait dans ses bras. Et à ce premier regard, à ce premier coup d’oeil ils s’aimèrent. Si bien qu’en approchant du royaume du tsar Koussman Ivan-tsarévitch pleurait à chaudes larmes. Le loup lui demanda : – Pourquoi pleures-tu, tsarévitch? Quel chagrin est le tien? – Ah, loup gris ! J’aime Hélène-la Belle de tout mon cœur. Comment la donnerais-je au tsar Koussman ? Le loup gris les regarda, en eut pitié. Et il dit : – Puisque j’ai promis de te servir fidèlement, je tiendrai parole. Je vais me transformer en Hélène-la Belle et tu me remettras au tsar Koussman. La princesse t’attendra dans ce bois et dès que tu auras le cheval à la crinière d’or tu viendras la prendre. Partez tous deux, je vous rattraperai un peu plus tard. Le loup gris frappa le sol, se changea en Hélène-la Belle et Ivan-tsarévitch le mena chez le tsar Koussman. Celui-ci, tout heureux, remit au tsarévitch le cheval avec sa bride par-dessus le marché et remercia encore pour le service rendu ! Ivan-tsarévitch s’en alla en hâte rejoindre la vraie princesse et ils se mirent en route.

Pendant ce temps, le tsar Koussman célébrait ses noces. Sur les tables de chêne, sur des nappes blanches on servait des mets fins, de vieux hydromels et vins. Les invités criaient : «Vive la mariée !» Le tsar voulut embrasser sa jeune épouse, mais au lieu de ses douces lèvres rencontra le rude poil d’un loup ! Le tsar hurla, l’assistance s’affola. Profitant du tumulte, le loup gris sauta par la fenêtre – et autant chercher le vent dans les champs ! Le loup rattrapa vite Ivan-tsarévitch et lui dit : – Monte sur mon dos, laisse le cheval à la princesse ! En arrivant au royaume du tsar Afrone, le loup demanda : – Tu as l’air bien triste, Ivan-tsarévitch ? Qu’as-tu donc ? – Je songe au cheval à la crinière d’or et j’ai gros cœur de l’échanger contre l’oiseau de Feu. Mais si je ne lui donne pas le cheval, le tsar va me déshonorer à la ronde ! – Allons, ne te chagrine pas ! Je vais encore t’aider. Je me changerai en cheval à la crinière d’or, c’est moi que tu remettras au tsar Afrone. Et la princesse avec le vrai cheval t’attendra dans ce bois.

Le loup frappa le sol, se changea en cheval à la crinière d’or et Ivan-tsarévitch le mena chez le tsar Afrone. En les voyant, le tsar se réjouit, au-devant du tsarévitch sortit, dans son palais le conduisit. Il lui donna l’oiseau de Feu et sa cage par-dessus le marché, l’invita même à rester quelque temps, mais Ivan-tsarévitch avait hâte de rejoindre Hélène-la Belle. Il la retrouva dans le bois et, montés tous deux sur le cheval à la crinière d’or, tenant la cage avec l’oiseau de Feu, ils se mirent en chemin. Pendant ce temps, le tsar Afrone voulut essayer son cheval et s’en fut à la chasse avec ses chasseurs, ses piqueurs, ses rabatteurs. Par les bois ils passèrent, un renard dans son gîte forcèrent, sur ses traces s’élancèrent. Le cheval à la crinière d’or galopa vite, distança toute la suite.

Alors le cheval buta, le tsar chuta, plongea dans la boue, la tête la première. Et au lieu du cheval à la crinière d’or, c’est un loup gris qui se sauva à toutes jambes ! Le temps de relever le tsar, de le nettoyer, le loup avait disparu. Il rejoignit Ivan-tsarévitch et le prit sur son dos. En arrivant au lieu de leur première rencontre, le loup gris dit : – C’est ici que j’ai égorgé ton cheval, Ivan-tsarévitch, c’est ici que je vais te quitter. Je ne suis plus ton serviteur ! Ivan-tsarévitch par trois fois salua le loup gris jusqu’à terre, par trois fois le remercia et lui dit adieu. Mais le loup répondit : – Ne me dis pas adieu, tsarévitch, dis-moi à bientôt ! Dans peu de temps d’ici tu , auras encore besoin de moi. A part soi, Ivan-tsarévitch pensait : «Quel besoin aurai-je du loup gris ? J’ai tout ce que je désire !…» II monta avec la princesse sur le cheval à la crinière d’or et tenant la cage de l’oiseau de Feu se mit en route vers le royaume de son père. Un conte se dit vite, le chemin se fait lentement.

Peu avant d’arriver chez le tsar Démian, il fallut s’arrêter pour prendre du repos. Ivan-tsarévitch et Hélène-la Belle à l’orée du bois s’installaient, sur l’herbe s’allongeaient, bien vite s’endormaient. C’est alors que les deux frères aînés du tsarévitch vinrent à passer par là. Piotr-tsarévitch et Vassili-tsarévitch s’en retournaient chez leur père les mains vides, le cœur déçu. En voyant Ivan-tsarévitch entre une belle princesse, un cheval à crinière d’or et la cage d’or avec l’oiseau de Feu dedans, la rage-jalousie les prit : – Notre frère nous avait déjà humiliés en rapportant une plume de l’oiseau de Feu, et voilà qu’il ramène l’oiseau tout entier, vivant ! Et il a encore d’autres merveilles avec lui… De quoi aurons-nous l’air, nous, ses aînés ? Il faut lui apprendre ce qu’il en coûte de toujours se mettre en avant ! Et les voilà qui tirent leurs glaives, qui coupent la tête d’Ivan-tsarévitch endormi. Hélène-la Belle se réveille, voit son bien-aimé décapité, se met à crier, à sangloter. Mais Piotr-tsarévitch appuya la pointe du glaive sur son cœur : Tu es entre nos mains, lui dit-il. Nous allons te ramener chez le tsar notre père et tu diras que c’est nous qui t’avons conquise. Toi, et le cheval à la crinière d’or, et l’oiseau de Feu. Fais serment de parler ainsi, sinon je te tue ! Hélène-la Belle avait peur de mourir, elle jura tout ce que les autres voulaient. Alors les deux frères tirèrent au sort pour savoir qui l’aurait. C’est à Piotr-tsarévitch qu’elle échut et Vassili-tsarévitch eut le cheval à la crinière d’or pour sa part.

Et emportant l’oiseau de Feu, tous trois prirent le chemin du palais du tsar Démian. Ivan-tsarévitch gisait mort dans la plaine et, déjà, les corbeaux tournaient autour de lui. C’est alors que le loup gris sortit des bois et, tapi dans l’herbe, guetta les corbeaux. Quand un corbeau avec ses petits corbillats se posa sur le corps du tsarévitch, le loup bondit et saisit un corbillat. Le père corbeau le supplia de lâcher son petit. Le loup répondit : – Ton corbillat, je le laisserai partir. Mais, avant, il faut que tu voles par delà vingt-neuf pays, dans le trentième royaume et que tu m’en rapportes une fiole d’eau vive et une fiole d’eau morte. Jusqu’à ton retour, ton petit restera avec moi. Le corbeau partit à tire-d’aile. On ne sait au bout de combien de jours, on ignore au bout de combien de temps il revint avec les deux fioles pleines. Le loup prit alors le corbillat et le déchira en deux. Puis il rassembla les deux moitiés et les aspergea d’eau morte – le corps de l’oiseau se ressouda. Le loup l’aspergea d’eau vive – le corbillat s’ébroua et s’envola. Le loup gris remit la tête d’Ivan-tsarévitch sur ses épaules et l’aspergea d’eau morte. Le corps se ressouda aussitôt. Il l’aspergea d’eau vive et Ivan-tsarévitch bâilla, s’étira et dit: – Oh, que j’ai dormi longtemps ! – Tu dis vrai, Ivan-tsarévitch ! Et sans moi tu dormirais encore. Sache que tes frères t’ont tué pour s’emparer d’Hélène-la Belle, du cheval à la crinière d’or, de l’oiseau de Feu. Monte vite sur mon dos, je vais te mener chez ton père. Parce que, aujourd’hui même, ton frère Piotr-tsarévitch doit se marier avec Hélène-la Belle ! Ivan-tsarévitch monta sur son dos et le loup gris l’emporta comme le vent jusqu’aux portes de la capitale du tsar Démian.

Arrivés là, le loup gris dit : – A présent, Ivan-tsarévitch, disons-nous adieu à tout jamais. Va vite, dépêche-toi de rentrer à la maison ! Et le loup gris disparut. Ivan-tsarévitch rentra dans la ville. Il vit les maisons de feuillages ornées, les rues où les oriflammes flottaient, les gens en habits de fête, toute la cité en liesse. Comme il demandait le pourquoi de ces réjouissances, on lui répondit : – Aujourd’hui le fils aîné du tsar épouse la princesse Hélène-la Belle ! Ivan-tsarévitch pressa le pas. Aux abords du palais, un garde le reconnut et courut en hâte annoncer l’heureuse nouvelle au tsar son père. Mais le tsarévitch fut plus rapide que le garde. Le premier dans la salle il entra, à ses frères félons se montra. En le voyant, Piotr-tsarévitch fut pétrifié de stupeur, Vassili-tsarévitch manqua mourir de peur. Et pendant ce temps, Hélène-la Belle de table se levait, vers Ivan-tsarévitch venait, par la le prenait, devant le tsar Démian l’amenait : – Voici celui qui m’a conquise, voici mon seul véritable promis-fiancé ! En apprenant la vérité, le tsar Démian entra dans une grande colère et chassa ses deux fils aînés hors de sa vue. On célébra en grande pompe le mariage d’Ivan-tsarévitch et d’Hélène-la Belle et ils vécurent tous sans tracas ni peines, gardant cœur en joie et maison pleine.

Ce conte se trouve à l’origine sur artrusse.ca

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Le cynique « Rien ne s’oublie plus vite qu’un service rendu »    

L’un des contes les plus odieux qu’il m’ait été donné de lire est ce fameux « Rien ne s’oublie plus vite qu’un service rendu ». Si vous pensiez que la morale de La Cigale et la Fourmi était contestable sur quelques points, ce conte animalier vous fera faire de grands yeux ronds. Un loup, poursuivi par des chasseurs, est sauvé par un paysan : pourtant, le loup n’est pas reconnaissant et s’ensuit une conversation philosophique entre eux et les animaux de la forêt : « y a-t-il quelque chose que l’on oublie plus vite qu’un service rendu ? ».

« Tiens, c’était eux justement qu’il entendait venir ! Le frottement des étoffes que portaient les chasseurs, le pas vif des chevaux qui froissait les feuillages ! Leur souffle puissant et régulier parvenait au museau du loup, lui annonçant qu’il fallait fuir ! Vite !


Il partit alors dans une course effrénée, craignant de voir chaque fois un peu plus les hommes gagner du terrain. Ils l’avaient repéré maintenant, c’était sûr ! Ils le suivaient sans relâche.


Soudain, dans sa fuite, le loup emprunta un sentier sur lequel s’avançait un pauvre paysan. »

Découvrir le conte

Dans une épaisse forêt de la grande Russie, un loup errait, guidé par sa chasse .Il traquait çà et là quelques petits rongeurs et parvenait de temps en temps à festoyer d’un pauvre marcassin ou d’une belle biche. La chasse n’était pas chose facile en ces temps d’hiver où chacun préférait rester caché dans son terrier. Toutefois, ce n’était pas de cette chasse que le loup souffrait tant, mais de celle des hommes et des grandes battues qu’ils organisaient à travers la forêt. Tiens, c’était eux justement qu’il entendait venir ! Le frottement des étoffes que portaient les chasseurs, le pas vif des chevaux qui froissait les feuillages ! Leur souffle puissant et régulier parvenait au museau du loup, lui annonçant qu’il fallait fuir ! Vite ! Il partit alors dans une course effrénée, craignant de voir chaque fois un peu plus les hommes gagner du terrain. Ils l’avaient repéré maintenant, c’était sûr ! Ils le suivaient sans relâche. Soudain, dans sa fuite, le loup emprunta un sentier sur lequel s’avançait un pauvre paysan. L’homme portait un grand sac sur l’épaule et s’appuyait sur un bâton qui lui servait à marcher et à battre le blé. Le loup comprit bien vite qu’une occasion inespérée s’offrait à lui.

Il courut vers le paysan et le supplia : – Je t’en prie, aide-moi ! Les chasseurs sont à mes trousses ! Sois gentil, cache-moi dans le grand sac que tu portes sur le dos ! Le paysan eut pitié du loup et n’hésita pas à le dissimuler aussitôt dans son sac de toile. Il le hissa avec peine sur son dos et reprit sa route. Bientôt les chasseurs gagnèrent le sentier et allèrent questionner l’homme qui marchait avec peine : – Dis-nous l’ami, n’aurais-tu pas vu un loup qui rôdait dans les parages ? – Non, je n’ai rien vu, messieurs, répondit le paysan, tout en continuant son chemin. Les chasseurs observèrent un moment le pauvre homme qui pliait sous le poids du loup. Puis, d’un petit signe de la tête, celui qui menait la traque ordonna de poursuivre les recherches. Les chasseurs disparurent au grand galop et s’enfoncèrent dans les sous-bois. Le paysan attendit que les hommes soient loin pour faire descendre le loup de son dos. Il détacha le lien et rendit la liberté à l’animal : – Te voici hors de danger ! déclara le paysan avec fierté. – Fort bien ! s’écria le loup. Je vais donc pouvoir te manger à mon aise à présent !

L’homme recula et gronda : – Comment ? Je viens de te sauver la vie et c’est ainsi que tu me remercies ? Le loup rit de tous ses crocs et s’exclama : – Rien ne s’oublie plus vite qu’un service rendu ! Le paysan réfléchit un instant et décida d’être plus rusé que le loup. Aussi il lui di t : – Laisse-moi une chance ! Prenons la route ensemble, et, si en chemin, nous rencontrons quelqu’un qui partage le même avis que toi, alors tu pourras me manger. Le loup accepta la proposition du paysan et ils se mirent tous deux en route.

Non loin de là, ils rencontrèrent une jument qui broutait dans une clairière. Le paysan s’approcha d’elle et lui demanda : – Dis-moi jolie jument, peux-tu nous éclairer sur un sujet qui nous taraude ? – Bien évidemment ! De quoi s’agit-il ? – Eh bien, voilà : je viens de sauver la vie de ce pauvre loup pourchassé par les chasseurs. Et pour tout remerciement, il envisage de me manger en toute ingratitude ! Qu’en penses-tu ? Peut-on si vite oublier un service rendu ? – Ma foi ! Je t’a voue que ce raisonnement ne m’étonne pas, soupira la jument. J’étais moi-même, jadis, au service d’un maître pour qui j’ai travaillé durant de nombreuses années. Sous ses coups de bride, j’ai trainé ses herses, j’ai tiré ses charrues, j’ai porté ses fardeaux. Crois-tu qu’il m’en a été reconnaissant ? Je lui ai donné plus de dix poulains qu’il maltraita tout autant que moi. Puis dès lors qu’il me jugea trop vieille, il tenta de m’abattre car je n’avais plus rien à lui apporter. Par chance, j’ai réussi à fuir et j’erre ainsi depuis à travers bois et forêts. Mais crois-moi, le loup dit vrai : rien ne s’oublie plus vite qu’un service rendu ! – Ah ! Voilà une jument sensée ! s’écria le loup qui avait faim. Ta chance est passée, cher ami. Maintenant tu es à moi ! L’animal se lécha les babines, dressa ses oreilles et sauta sur le pauvre homme.

– Attends ! Attends ! cria le paysan. Je t’en prie, donne-moi une seconde chance ! L’homme supplia, implora, conjura le loup de ne pas le manger tout de suite. A force de prières, le paysan finit par obtenir gain de cause. Le loup accepta et ils reprirent leur route. Sans plus tarder, ils rencontrèrent un vieux chien errant, aux poils hirsutes et au corps maigre. Le paysan s’empressa d’aller lui exposer la situation dans laquelle ils se trouvaient. Le chien n’hésita pas une seconde et répondit : – J’ai vécu toute ma vie auprès d’un maître dont j’ai gardé la maison jour et nuit. J’ai veillé sur ses troupeaux de moutons, les jours de chaleur harassante ainsi que ceux où la neige et le froid glaçaient mes pauvres pattes. Pourtant, lorsque la vieillesse s’est emparée de moi et que ma course est devenue trop lente, il m’a chassé. Depuis, j’erre à travers les villages et les campagnes pour me nourrir et m’abriter. Tu vois, le loup a dit vrai : rien ne s’oublie plus vite qu’un service rendu ! – Ah ! Encore un qui parle juste ! Conclut le loup affamé. Tu ne peux plus fuir, pauvre homme ! Je n’ai plus qu’à te manger ! Aussitôt dit, l’animal s’élança d’un bond sur le paysan qui s’écria : – Attends ! Attends ! Laisse-moi une dernière chance ! Je t’en supplie ! Tu ne le regretteras pas !

Le loup finit par écourter une nouvelle fois les prières du pauvre homme et lui accorda une troisième occasion d’échapper à ses griffes : – Tu n’en auras pas une de plus ! déclara l’animal fermement. J’ai grand-faim et il me tarde de te goûter…. Une renarde, à l’allure légère et au port altier, venait justement à leur rencontre. Le museau arrogant et la queue fière, elle écouta l’histoire que lui raconta le pauvre homme. Le paysan avait à peine terminé son récit que la renarde rétorqua : – Ton histoire m’étonne, l’ami ! Tu dis que ce grand loup, aux pattes longues et au corps puissant, est entré dans le petit sac de toile que tu portes sur l’épaule ? – Assurément, répondit le paysan. Le loup te le dira lui-même. L’animal jura qu’il disait vrai et que l’histoire s’était bel et bien déroulée ainsi. Pourtant, malgré toute la bonne foi du loup et de l’homme, la renarde ne crut pas leurs propos.

– Eh bien, s’il en est ainsi, prouvez-le-moi ! S’exclama-t-elle. Ni une, ni deux ! Le loup bondit dans le sac du paysan pour lui montrer clairement qu’il disait vrai. – A présent, dit la renarde au paysan, montre-moi comment tu as fait pour fermer ton sac. L’homme s’empara du lien et le noua fermement. – Fort bien ! Continua la renarde satisfaite. Et maintenant, montre-moi comment tu bats ton blé lorsqu’il est dans ton sac !

Le paysan s’empara aussitôt de son bâton de bois et se mit à taper rageusement sur le sac. Le loup qui se trouvait à l’intérieur, hurlait et se tordait de douleur. Assise aux côtés du paysan, la renarde assistait à ce cruel spectacle avec délectation. Elle riait encore de la naïveté du pauvre loup et se félicitait de sa ruse. Mais soudain, alors qu’elle ouvrait largement la gueule pour laisser échapper un grand éclat de rire, l’homme souleva son bâton avec rage et alla heurter violemment la tête de la renarde. Assommée, la petite arrogante tomba d’un coup sur le sol et mourut.

Le paysan se retourna et se dit en lui-même : le loup avait dit vrai : rien ne s’oublie plus vite qu’un service rendu !

Ce conte se trouve à l’origine sur BeaBlogue

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A qui le conseiller

Les contes russes sont à faire découvrir à tout le monde. Ils ne sont pas plus violents que les contes traditionnels de Grimm, Perrault ou Andersen. Si vous aimez les contes, vous retrouverez tout ce qui fait le charme d’un conte merveilleux dans cet ouvrage ; d’ailleurs, les femmes occupent une place importante dans les contes russes et sont souvent valorisées pour des qualités telles que la force ou la ruse. Si vous vous intéressez à la culture russe, il me semble judicieux de vous initier aux contes.

A qui le déconseiller

Si vous détestez les contes et leurs univers manichéens, sachez que même les contes russes risquent de ne pas trouver grâce à vos yeux. Si vous recherchez des contes traditionnels éloignés de ceux que vous connaissez déjà, vous pourriez être déçu car les contes russes ont une dimension universelle qui ne leur permet pas d’être très originaux.

Pendant la lecture

Pendant votre lecture, vous apprécierez un thé à la vanille et aux épices en goûtant des petits gâteaux aux myrtilles.

Informations sur le livre

Titre et auteur Machenka et l’ours, Claude Clément et Hélène Muller
Thèmes abordés conte, merveilles, espièglerie, animaux
Édition Syros Jeunesse
Format et pages 236 pages, moyen format, à lire chez soi, enroulé dans son plaid
Âge Apprécié à partir de 4 ans
Prix 2,30€ d’occasion
Avertissement Mort, cannibalisme
Où l’acheter Chez Amazon d’occasion ou chez des bouquinistes.

Suggestions de lecture

Dans un style plus adulte mais tout aussi traditionnel, découvrez quelques nouvelles fantastiques de Pouchkine.

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Consultez ma pile à lire pour le Cold Winter Challenge 2017.

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Livre rangé le 24 janvier 2018 dans les bibliothèques : 3 livres à lire..., Challenge, Cold Winter Challenge, Conte, Dès 8 ans, Magie, Moins de 5 euros, Russie, Syros


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Très intéressant, ce retour sur cet ouvrage ! L’univers des contes m’intéresse aussi pour ce « mélange particulier d’enfance et d’horreur » que tu évoques très justement 🙂
Je reviendrai sans doute lire les contes que tu proposes dans cet article, quand j’aurai un peu plus de temps devant moi… Bonne continuation !

Face de Citrouille
10 février 2018 - 8 h 56 min



Merci beaucoup pour ta visite, j’espère que tu trouveras ton bonheur 😊

Libriosaure
3 mars 2018 - 0 h 09 min



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